• Dan Slott : une imposture de niveau Superior

    Attention, ce billet contient des spoilers sur la fin de ASM et sur SSM jusqu’à l’issue #11

     

     

    Si il y a bien une chose totalement déconnante ces dernières années chez Marvel, c’est incontestablement le traitement de faveur réservé au plus iconique de tous ses héros, malmené depuis 2011 par un Slott devenu seul maître à bord qui pète le feu pour nous sortir les idées les plus improbables et les moins respectueuses envers l’identité même du personnage. Parce que fondamentalement, que nous aura proposé le bourreau sur la fin de la série Amazing ?

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    On a vu Spider-man muter peu à peu en une sorte de Iron man du pauvre depuis son intégration aux laboratoires horizon. Que l’on pense à la création d’armures en série toutes plus fantasques les unes que les autres, au recours systématique à ces conneries de robots miniatures depuis la fin de Spider-Island jusqu’au tristement mémorable arc final Dying Wish ou aux gadgets anti-tout bricolés en 24h entre deux bastons, on a bien du mal à retrouver l’adolescent qui chaussait des gants en caoutchouc pour aller mettre sa trempe à Electro.

    On a vu l’entourage de Peter se peupler de tiers aux réactions définies plus par nécessité scénaristique ou schématique que par vraisemblance : l’incroyable, au sens premier du terme, relation et rupture avec Carlie ne sert pas à représenter une histoire sentimentale intéressante entre deux jeunes adultes ; elle sert uniquement à un auteur paresseux pour coller au schéma canonique des séries Spider-man de l’alternance de phases positives et de phases négatives. Le procédé est le même lors du retour en force de MJ qui n’est que l’ombre du personnage que l’on aimait chez Strac’ par exemple. Doit-on vraiment évoquer le reste ? Max Modell, patron fantôme qui apparaît sporadiquement, tel un émir qatari, pour faire tourner la planche à billets, et prêt à gober la moindre connerie alors que tout lui hurle à la tronche que Peter = spider-man. Le staff de horizon, une bande de geeks qui ne reculent devant aucun stéréotype. Alpha, l’ado attardé qui sort du chapeau avec une puissance démesurée dans ses bagages et qui repart aussi vite qu’il est venu (comment, le principe du sidekick appliqué à Spider-man est à vomir ? Mais qui l’eût cru ?). Seule la relation père-fils chez les Jameson vient égayer un peu le tableau dans sa propension à être étonnement efficace (bah oui, du Slott qui marche moi ça me surprend) dans sa portée comique…même si le personnage de JJJ sera pourri par le passage à Superior, parce que je m’excuse, je ne veux pas tomber dans le bashing systématique et tutti quanti mais Jameson Jr pote avec spider-man, ça dépasse les limites du tolérable. Pourquoi pas Batman en team-up avec Joe Chill tant qu’on y est ?

    On a vu les vilains traditionnels de spider-man tour à tour convoqués et sombrer chacun irrémédiablement dans des caricatures pseudo sombres d’eux-mêmes. Le lizard est un échappé de Jurassic Park con comme sa queue. Le jackal continue de cloner à tout va, mais maintenant il fait dans l’hypertrophié (bah oui, pour vendre un gros event, il faut ce qu’il faut). Ock, avant de devenir spider-man (c’est toujours aussi dur à écrire) est un cadavre en sursis au charisme de pomme de terre. Le spider-slayer ne sait plus où donner de la tête pour être le plus psychopathe possible. Les goblins…et puis merde, vous avez saisi l’idée, le véritable ennemi dans cette série ne porte pas de costume mais un crayon et son nom s’étale sur toutes les covers.

    Mais si le sieur s’est contenté un certain temps de pourrir la licence ASM deux fois par mois (ben oui, parce que le joyeux privilège de lire du Slott, ça coûte 8€ par mois environ pour ceux qui vivent en France), c’est dans l’assassinat de ladite licence qu’il a pu donner pleine mesure de son talent.

    Le projet de Superior Spider-man est simple : Doc Ock, qui a brainswapé (je me lasse pas de cette expression qui révèle bien l’idiotie de l’idée) avec Peter pour enfermer son âme dans son corps mourant, est maintenant spider-man, et l’ambition du bonhomme c’est d’être un « better » spider-man (vous ne risquez pas d’oublier ce sympathique projet, on vous le ressassera à chaque issue. Sans déconner). Qu’est ce qu’un better spider-man, s’est-on tous demandé avant la sortie de la série ? Pour Slott, un better spider-man c’est une sorte de magnat du contre-crime mégalomane qui partage son temps entre créer un état fascisto-policier à Manhattan, humilier son prof avec une suffisance mal dosée et gonflante et tuer ou mutiler des vilains. Rien que ça.

    Le problème, c’est que l’idée de Slott est exécrable dans son principe le plus essentiel, puisqu’elle s’applique à Peter Parker, un héros qui détone même dans l’univers du comics mainstream coutumier des justiciers. Peter est assurément le plus grand des héros de l’écurie Marvel, non pas par ses pouvoirs mais bien par la perfection morale qu’il déploie toujours, par son esprit de sacrifice et de dévouement implacables. Il ne peut exister de « better » spider-man, dans le sens où Peter est déjà un archétype de modèle héroïque. Le personnage n’est pas parfait dans une pseudo maîtrise de la situation comme tente de le construire Slott autour de Otto : Peter est sublime dans la perfection mentale qu’il déploie face à la profonde imperfection de sa vie. Cette nuance est capitale et explique, à mon sens, l’attrait que peuvent avoir de nombreux lecteurs pour le vrai spider-man. La question n’est donc même pas vraiment de savoir si Superior est bonne ou mauvaise intrinsèquement, mais juste de constater que Superior Spider-man n’est pas une série spider-man, tout au plus un minable ersatz qui, espérons-le, disparaîtra bientôt pour ne plus jamais resurgir.

    Même si l’on tente de mettre de côté la négation profonde de la licence de Spider-man qui est effectuée par l’auteur, et c’est déjà foutrement hardu, il est difficile de ne pas faire preuve de sévérité face à une série qui constitue un véritable vol du fait de son rythme de parution inconciliable avec une histoire de qualité. La première conséquence navrante est l’impossibilité pour Slott de tenir ce rythme, ce qui le force à ressasser inlassablement les mêmes scènes d’une issue à l’autre : c’est bien simple, vous payez plein pot pour découvrir au mieux la moitié d’une issue…on dit bien au mieux, car la récurrence du même schéma de cliff devient elle aussi rapidement insupportable : otto tabasse les nouveaux sinister six, otto envoie le scorpion à l’hosto, otto envoie le vautour à l’hosto, otto envoie the owl et le white dragon à l’hosto, otto démonte screwball, otto tue massacre…STOP !!! La série atteint un tel niveau de recyclage que la disparition du fantôme de Peter de l’inconscient du Doc au cours de l’issue 9, annoncée comme un véritable tournant de la série, n’a absolument aucun effet factuel sur l’histoire. L’entourage le plus proche de Spider-man ne se doute de rien (enfin, à chaque issue on a droit à une petite ritournelle du genre « peter / spider-man est quand même bizarre ces temps-ci » mais ça ne pète pas plus loin que ça) malgré des preuves toujours plus accablantes. Il va sans dire que les meilleurs mages / télépathes / empathes / détectives de tout poil…etc avec qui le personnage traîne en team-up ou dans les super-équipes ne détectent rien non plus. Faut pas déconner, quand on prend son lecteur pour un con, autant faire preuve de jusqu’au-boutisme. Allez, on dira que ça fait toujours au moins un aspect de la série traité en profondeur.

    Tout ce qu’on est en droit d’attendre maintenant, c’est que Slott dégage du titre au plus vite et que, pour son prochain travail, il consacre plus de temps à réfléchir sur l’essence même de l’héritage qu’on lui confie plutôt que de chercher à vendre sur du buzz. Sur ce, je vais m’envoyer un bon vieux numéro du père Strac’ derrière la cravate, en gardant toujours en tête, comme un leitmotiv, une pensée : Superior ne sera un jour qu’un mauvais souvenir, au même titre que la spider-mobile ou la conclusion de la saga du clone.
     

    Simon


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