1987. Kraven, dans un état proche de la folie du fait de son obsession et de ses échecs face à Spider-Man, désabusé face à un monde « moderne » auquel il est inadapté, conçoit un plan minutieux et machiavélique pour prouver sa supériorité sur celui qu'il considère comme sa dernière proie à vaincre, son objectif final, en faisant intervenir le monstrueux Vermin, pendant que lui se substitue à notre tisseur. Dans la majeure partie du comic, très adulte au demeurant, le scénariste focalise l'attention du lecteur sur le personnage de Kraven, qui exécute son plan d'une main de maître bien que visiblement troublé. Les évènements et les combats, constituant les rouages du plan du chasseur, s'enchainent de manière équilibrée, sans temps morts ni action abrutissante, avec une justesse de ton et une ambiance typique des années 80 en comics et du développement des histoires plus sombres et des anti-héros, catégorie à laquelle on peut presque rattacher Kraven dans La dernière chasse. L'enchainement du plan et l'ambiance oppressante confère à l'œuvre un rythme qui monte crescendo et qui conclut le comic avec une fin tragique en apothéose.
Au niveau des dessins, on retrouve la patte de Mike Zeck, avec un style assez rétro (soutenu d'ailleurs pas le travail de Bob Sharen notamment en tant que coloriste et qui va dans ce sens) sur ce comic mais qui sert à merveille la narration. Les poses des personnages, les infimes détails au coin des cases, les teintes marron, noires et bleues, tout contribue à soutenir l'ambiance sombre (le cimetière, les égouts, le manoir sombre) qui sied parfaitement à cet affrontement final. Les plans sont un vrai régal, les phases d'actions sont percutantes, comme la lutte avec Vermin dans les égouts. Les poses des personnages lors des dialogues sont impressionnantes de justesse et de cohérence, les gros plans sur les protagonistes...En somme, un style rétro mais efficace et adapté à l'œuvre qu'il illustre avec une grande pertinence.
Kraven's Last Hunt constitue donc une œuvre relativement atypique dans l'univers Spider-Man, plus humoristique et léger que celui de certains de ses comparses : on a affaire ici à un comics adulte, sombre voir glauque parfois, à l'ambiance oppressante et à la violence débridée. Par ailleurs, la psychologie poussée du personnage principal, Kraven, et l'aboutissement tragique mais oh combien fin et subtil, sublimant la nature et les objectifs même du chasseur, donnent à cette oeuvre un cachet rarement égalé chez Spider-Man, voir même chez Marvel. Une saga donc indispensable, à la lecture très agréable et laissant un vrai souvenir marquant, bien que tranchant avec le style habituel du tisseur.
Kraven’s Last Hunt est disponible en TPB en VO pour 11€ et en VF, sous le titre « la dernière chasse de Kraven » dans la collection Marvel gold.
Simon